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Publié par Aline

Tu as décidé de nous quitter il y a un peu plus d'une semaine. Hier, je t'ai vu pour la dernière fois, les yeux fermés et souriant de ton air moqueur. Tu n'as pas bougé quand on passait autour de toi, tu as écouté un beau poème allemand, un poème que tu avais écrit en août, et les incantations en anglais d'un fils de Gourou... là, j'ai cru que tu allais bondir, nous faire peur, "BOUH!!" et te mettre à rigoler de cette mascarade. Mais tu t'es contenté de garder les yeux fermés et de sourire d'un air moqueur. Comme si tu te foutais une dernière fois de nous, avec nos yeux ouverts et nos larmes qui coulaient toutes seules.

 

Ensuite, tu es parti en voiture direction Quimper, rejoindre ta Bretagne chérie et y rester pour toujours. Pendant ce temps-là, nous, on a parlé de toi. Tu nous as certainement écoutés, d'ailleurs. On t'a tous un peu découvert. Rien que ton départ a été une surprise pour certains, alors que d'autres l'avaient vu venir. Tu nous avais prévenus. Tu as souvent répété que "de toute façon, je ne vivrai pas vieux" et que tu fumais parce que "mourir de ça ou d'autre chose..." et finalement, tu as préféré accélérer le mouvement pour tenir ta parole.

 

Tu as laissé beaucoup de choses derrière toi. Pour moi, de la colère et du désoeuvrement. De la colère parce que, il faut bien l'avouer (et je te l'avais dit!), tu m'as pourri la vie pendant deux ans. Tu m'as fais prendre des chemins descendants que je n'aurais jamais pensé arriver à prendre, tu as participé à ma noyade. Même après qu'on se soit séparés, même à  9270 km de distance. Mais j'en ai réchappé. Je suis remontée à la surface, tu vois. Mais pas tout à fait, et je t'en voulais encore pour ça.

 

Du désoeuvrement parce que maintenant les questions restent en suspens. Il n'y a plus d'explication possible. Est-ce que je suis obligée de te pardonner maintenant? Est-ce que, si je l'avais fait plus tôt, tu serais encore avec nous? Comment j'ai pu t'en vouloir à ce point? Il me reste une sensation d'amertume. De gâchis. D'inachevé. Des "j'aurais dû...", des "j'aurais pas dû...", des "et si...?" Et des milliers de "Pourquoi?"

 

Beaucoup de gens pensent que le suicide est un acte égoïste. Te connaissant, en plus, c'est vrai qu'on peut en venir à cette conclusion :) Mais pas du tout. C'est juste le bout d'une impasse. Il n'y a pas de sortie possible. Toutes les portes sont fermées, la mort est la seule entrebâillée. Tu as fermé toutes les portes qui s'ouvraient autour de toi. Et je suis sûre que certaines t'ont été fermées aussi... ou en tout cas c'est l'impression que tu as dû avoir, pour nous laisser comme ça.  Et tu as ouvert grand la seule qu'il ne fallait pas. Parce que tu n'as pas su communiquer. Au lieu de nous laisser la possibilité de passer la tête par la porte, tu nous la claquais au nez. Tu m'as claqué la porte au nez pendant deux ans, j'ai fini par ne plus vouloir tenter de l'ouvrir. Et même par te claquer la porte au nez à mon tour.

 

Pour me protéger. Parce que je suis enfin heureuse. Et que le bonheur rend égoïste, je m'en suis bien rendu compte et j'en ai fait les frais aussi, pour ma part, au Laos... Quand on est heureux, on pense que ceux qui vont mal ont besoin de coups de pieds au cul pour se remettre en selle tout seuls. C'est pas toute seule que j'ai pu remonter des abysses dans lesquelles j'étais descendue à Vientiane. C'est grâce aux quelques personnes qui étaient là, qui n'ont fait qu'être là quand je coulais, mais c'est tellement important. Je me suis dit que tu étais assez grand pour trouver une autre personne avec qui communiquer et tu l'as trouvée. Mais encore une fois, tu lui as fermé la porte au nez.

 

Je n'aurais pas la prétention de vouloir porter la culpabilité de ton départ toute seule, non. Je suis juste une goutte d'eau dans une vague d'événements que tu ne contrôlais pas et qui t'ont submergé. Mais je suis quand même cette goutte d'eau, et ça me fait mal. Vraiment, vraiment mal. De n'avoir pas su arrêter cette putain de vague. C'était pour ça, aussi, ton sourire moqueur? Pour les gouttes d'eau autour de toi qui se sont soudainement vues dans cette vague? Ou est-ce que je suis la seule à m'être regardée le nombril comme ça?

 

Je ne voulais pas le voir, moi, ton sourire. Je ne comprenais pas comment les gens pouvaient entrer et venir tourner autour de toi, te dévisager, te regarder et repartir. J'avais l'impression d'être dans un cirque, dans un zoo, dont tu étais l'attraction principale. En silence. Et je n'ai pas pu rentrer dans cette salle avec ce gros cercueil au milieu. Et puis j'ai pensé que plus jamais, plus jamais je ne pourrai te revoir, que c'était la dernière fois possible. Alors je me suis avancée. J'ai fait comme tout le monde. Je suis entrée dans la salle.  J'ai vu tes cheveux qui dépassaient, sous le couvercle, et j'ai failli m'effondrer. J'ai repéré ta mère et je me suis accrochée à son regard, comme à une bouée. J'ai évité de te regarder. Et finalement, j'ai réussi à tourner le regard vers ton visage. Sans vraiment le poser. Tu avais l'air si vivant, trop vivant, ça m'a fait encore plus mal. Si au moins tu avais eu l'air un petit peu mort, peut-être que ça aurait été plus facile? Depuis quand les morts ont les joues roses et des petits sourires en coin?

 

Pour arriver à t'oublier, je ne sais pas ce qui est le mieux. Me souvenir de toi pour tout ce que tu m'as fait souffrir, ou pour tout ce que tu m'as apporté? Je pense qu'on est quittes, niveau souffrances, maintenant. Evidemment, la balance penche même plus de ton côté, sinon je ne serais pas là pour raconter tout ça. Ce n'est plus possible de t'en vouloir. De toute façon, ça ne sert à rien. Je t'ai découvert des souffrances que je ne soupçonnais pas, en écoutant d'autres parler de toi. Sans excuser ce que tu m'as infligé, ça a eu le mérite d'en expliquer une partie. Et ça me suffit pour te pardonner.

 

Je vais donc retenir de toi - outre mon rejet de la Bretagne! merci! - Anouar Brahem, le bricolage (les tournevis Facom et les meubles faits maison!), ma transformation en geekette (j'ai tenté de me mettre au CSS et j'y arriverai, un jour!), mon éveil politique, Zola, le besoin de savoir d'où viennent les sources et le rejet des idées toutes faites dans un débat (qui me venait aussi de Tistou les Pouces Verts, ceci dit!), le maquereau fumé au poivre, et l'album Giants of Jazz Play Brassens, dont je te dédie "La Ballade des Cimetières," pour qu'au moins tu reposes en musique.

Adieu, et paix à ton âme, Simon.

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Marion 30/03/2011 23:01


Plein des bisous... :)


Aline 01/04/2011 19:21



Merci miss :)



katia 30/01/2011 21:10



Je te souhaite beaucoup de courage ma petite Aline et je pense très fort à toi. Tu as écrit une éloge funèbre très émouvante sur cette personne qui a l'air d'avoir eu une place particulière dans
ta vie, tu lui rends là un bel hommage... Gros bisous à toi ma jolie



Aline 30/01/2011 21:19



Merci Katia.


Gros bisous à toi aussi



Thi-Von 30/01/2011 13:12



Je pense à toi chère Aline et aux proches du défunt... Prends soin de toi !



Aline 30/01/2011 19:47



Merci Thi-Von... ça m'a fait déjà vachement de bien d'écrire tout ça.


Plein de bises.